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在圆明园文物被归还被劫掠的中国之前,我谨证明:有一次劫掠行为,和两名强盗!
2009年4月29日,又一件被一位法国远征军从圆明园掠夺的《九州清晏之宝》玉玺在法国被拍卖,成交价为168万欧元。购买者是当时在现场的一个华人。但这位没有透露姓名的购买者用汉语说,他是“为一位生活在法国的法国私人收藏家”代购这枚玉玺的。
我会永远记住这一天。正如我在另外一篇文章中所写,对于厚颜将圆明园掠夺物拿出来牟利者,我们绝对有必要以一切法律和舆论的手段,追踪其直至天涯海角。要在所有非法沾手中国被盗文物者的头上都挂上一把达摩利斯剑:中国永不放弃!
为了表达对这次拍卖的愤怒和抗议,我重贴法国伟大的人道主义者雨果写于1861年11月致率军入侵并焚毁圆明园的巴特勒上尉的这封信:
先生,您问我对这次远征中国的看法,您觉得这次远征值得称誉,干得漂亮,而且您很客气,相当重视我的感想。按照您的高见,这次在维多利亚女王和拿破仑皇帝的双重旗帜下对中国的远征,是英法两国的光荣;您想知道我对英法两国的这一胜利究竟赞赏到何等程度。
既然您想知道我的看法,那么我答复如下:
在世界的一隅,存在着人类的一大奇迹,这个奇迹就是圆明园。艺术有两种渊源:一为理念——从中产生欧洲艺术;一为幻想——从中产生东方艺术。圆明园属于幻想艺术。一个近乎超人的民族所能幻想到的一切都荟集于圆明园。圆明园是规模巨大的幻想的原型,如果幻想也可能有原型的话。只要想象出一种无法描绘的建筑物,一种如同月宫似的仙境,那就是圆明园。假定有一座集人类想象力之大成的宝岛,以宫殿庙宇的形象出现,那就是圆明园。为了建造圆明园,人们经历了两代人的长期劳动。后来又经过几世纪的营造,究竟是为谁而建的呢?为人民。因为时光的流逝会使一切都属于全人类所有。艺术大师、诗人、哲学家,他们都知道圆明园。伏尔泰亦曾谈到过它。人们一向把希腊的巴特农神庙、埃及的金字塔、罗马的竞技场、巴黎的圣母院和东方的圆明园相提并论。如果不能亲眼目睹圆明园,人们就在梦中看到它。它仿佛在遥远的苍茫暮色中隐约眺见的一件前所未知的惊人杰作,宛如亚洲文明的轮廓崛起在欧洲文明的地平线上一样。
这一奇迹现已荡然无存。有一天,两个强盗闯进了圆明园。一个强盗大肆掠劫,另一个强盗纵火焚烧。从他们的行为来看,胜利者也可能是强盗。一场对圆明园的空前洗劫开始了,两个征服者平分赃物。真是丰功伟绩,天赐的横财!两个胜利者一个装满了他的口袋,另一个看见了,就塞满了他的箱子。然后,他们手挽着手,哈哈大笑着回到了欧洲。这就是这两个强盗的历史。
在历史面前,这两个强盗一个叫法国,另一个叫英国。对他们我要提出抗议,并且谢谢您给了我抗议的机会。统治者犯下的罪行同被统治者是不相干的;政府有时会是强盗,可是人民永远不会。
法兰西帝国从这次胜利中获得了一半赃物,现在它又天真得仿佛自己就是真正的物主似的,将圆明园辉煌的掠夺物拿出来展览。我渴望有朝一日法国能摆脱重负,清洗罪恶,把这些财富归还被劫掠的中国。
在此之前,我谨证明:有一次劫掠行为,和两名强盗!
先生,这就是我对远征中国的赞赏。
郑若麟摘译、发表于1983年10月26日《北京晚报》
下面是雨果信件原文:
Lettre au capitaine Butler
- Victor Hugo et Le sac du palais d'été
Hauteville House, 25 novembre 1861
Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l'expédition de Chine. Vous trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour attacher quelque prix à mon sentiment ; selon vous, l'expédition de Chine, faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l'empereur Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l'Angleterre, et vous désirez savoir quelle est la quantité d'approbation que je crois pouvoir donner à cette victoire anglaise et française.
Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici :
ll y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s'appelait le Palais d'été. L'art a deux principes, l'Idée qui produit l'art européen, et la Chimère qui produit l'art oriental. Le Palais d'été était à l'art chimérique ce que le Parthénon est à l'art idéal. Tout ce que peut enfanter l'imagination d'un peuple presque extra-humain était là. Ce n'était pas, comme le Parthénon, une œuvre rare et unique ; c'était une sorte d'énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle.
Imaginez on ne sait quelle construction inexprimable, quelque chose comme un édifice lunaire, et vous aurez le Palais d'été. Bâtissez un songe avec du marbre, du jade, du bronze, de la porcelaine, charpentez-le en bois de cèdre, couvrez-le de pierreries, drapez-le de soie, faites-le ici sanctuaire, là harem, là citadelle, mettez-y des dieux, mettez-y des monstres, vernissez-le, émaillez-le, dorez-le, fardez-le, faites construire par des architectes qui soient des poètes les mille et un rêves des mille et une nuits, ajoutez des jardins, des bassins, des jaillissements d'eau et d'écume, des cygnes, des ibis, des paons, supposez en un mot une sorte d'éblouissante caverne de la fantaisie humaine ayant une figure de temple et de palais, c'était là ce monument. Il avait fallu, pour le créer, le lent travail de deux générations. Cet édifice, qui avait l'énormité d'une ville, avait été bâti par les siècles, pour qui ? pour les peuples. Car ce que fait le temps appartient à l'homme. Les artistes, les poètes, les philosophes, connaissaient le Palais d'été ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides en Egypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d'été en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C'était une sorte d'effrayant chef-d'œuvre inconnu entrevu au loin dans on ne sait quel crépuscule, comme une silhouette de la civilisation d'Asie sur l'horizon de la civilisation d'Europe.
Cette merveille a disparu.
Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d'été. L'un a pillé, l'autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu'il paraît. Une dévastation en grand du Palais d'été s'est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d'Elgin, qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu'on avait fait au Parthénon, on l'a fait au Palais d'été, plus complètement et mieux, de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n'égaleraient pas ce splendide et formidable musée de l'orient. Il n'y avait pas seulement là des chefs-d'œuvre d'art, il y avait un entassement d'orfèvreries. Grand exploit, bonne aubaine. L'un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l'autre a empli ses coffres ; et l'on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l'histoire des deux bandits.
Nous, Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous, les Chinois sont les barbares. Voila ce que la civilisation a fait à la barbarie.
Devant l'histoire, l'un des deux bandits s'appellera la France, l'autre s'appellera l'Angleterre. Mais je proteste, et je vous remercie de m'en donner l'occasion ; les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, les peuples jamais.
L'empire français a empoché la moitié de cette victoire et il étale aujourd'hui avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d'été.
J'espère qu'un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.
En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate.
Telle est, monsieur, la quantité d'approbation que je donne à l'expédition de Chine.
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